Le tarif réglementé de vente d'électricité est le prix du kWh et de l'abonnement fixé par les pouvoirs publics sur proposition de la Commission de régulation de l'énergie. Ce tarif bleu, réservé aux consommateurs domestiques et aux petits professionnels, est révisé en février et en août selon les délibérations de la CRE.
Trois blocs dans le kWh, deux révisions par an
- En France métropolitaine, ce tarif d'électricité est réservé aux sites domestiques et aux professionnels dont la puissance souscrite ne dépasse pas 36 kVA.
- Le prix du kWh empile trois blocs : l'approvisionnement en énergie, l'acheminement sur les réseaux publics de distribution, la fiscalité.
- Le tarif réglementé se décline en trois options, base, heures creuses et option Tempo, avec des horaires et des prix moyens très différents.
- La révision de février porte l'essentiel de l'évolution, celle d'août concerne surtout l'acheminement.
- Revenir au tarif bleu depuis une offre de marché est gratuit, sans coupure et sans préavis.
Ce que recouvre le tarif réglementé de vente
Le tarif réglementé de vente, souvent abrégé en TRV, n'est pas une offre commerciale comme une autre : c'est un prix arrêté par les ministres chargés de l'énergie et de l'économie, sur proposition de la Commission de régulation de l'énergie. Cette autorité indépendante publie chaque semestre une délibération motivée qui détaille le calcul retenu, les hypothèses d'approvisionnement et les données de consommation domestique utilisées. Un article du code de l'énergie encadre la méthode, et le gouvernement ne dispose que d'une marge étroite pour s'en écarter, sous le contrôle du juge administratif. Le contenu de chaque délibération de la CRE est public : n'importe quel consommateur peut le consulter avant l'entrée en vigueur du nouveau barème.
Le nom commercial de ce tarif réglementé est le tarif bleu. EDF, fournisseur historique issu du service public de l'électricité, le commercialise sur la majeure partie de la France métropolitaine. Sur environ cent cinquante zones de desserte, ce sont les entreprises locales de distribution qui le proposent, chacune avec un barème calé sur la même méthode de régulation. Les zones non interconnectées, en Corse et outre mer, relèvent quant à elles d'un régime de péréquation distinct, qui aligne le prix payé par le consommateur domestique sur celui du continent. Un consommateur ne choisit donc pas son fournisseur de tarif réglementé : il dépend de la zone où se trouve son site de consommation.
Ce statut particulier explique sa fonction de repère. Chaque offre de marché se compare au tarif bleu, soit par un pourcentage de remise sur la part variable, soit par un prix fixe garanti sur plusieurs années. Comprendre comment le tarif réglementé d'électricité se construit revient donc à comprendre le lien entre la facture d'un particulier et les mécanismes de gros qui l'alimentent.
Comment la Commission de régulation de l'énergie construit le tarif bleu
La construction du tarif réglementé obéit à un principe dit d'empilement : la Commission additionne les coûts réels supportés pour livrer un kWh chez un client final, puis y ajoute une marge encadrée. Aucune composante n'est laissée à l'appréciation du fournisseur historique.
Les trois blocs empilés
Le premier bloc est l'approvisionnement en énergie. Il combine la production nucléaire historique et des achats sur les marchés de gros, dont une part suit les prix spot et une autre des contrats à terme conclus plusieurs saisons à l'avance. Ce lissage explique pourquoi un mouvement brutal sur les prix de gros ne se répercute jamais immédiatement sur le tarif bleu. Jusqu'à fin 2025, le dispositif issu de la loi NOME de 2010 obligeait le producteur historique à céder une part de son électricité nucléaire à ses concurrents à un prix administré. Ce mécanisme est arrivé à son terme, et le nouveau cadre négocié entre l'État et le groupe EDF repose désormais sur un partage des revenus de la production nucléaire au delà de certains seuils de prix.
Le deuxième bloc est le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité, que tout le monde paie quel que soit son fournisseur. Il rémunère le gestionnaire du réseau de distribution et celui du réseau de transport à haute tension, pour l'entretien des lignes, le relevé des compteurs et la mise en service des raccordements. La CRE le fixe elle même, indépendamment du reste, ce qui en fait la variable principale de la révision d'été. Ce coût d'acheminement représente une part importante de la facture d'un client domestique, et il reste identique que l'on soit au tarif bleu ou chez un fournisseur alternatif. Comparer deux offres d'électricité revient donc à comparer uniquement la part fourniture, puisque l'acheminement est commun à toutes.
Le troisième bloc regroupe la fiscalité : l'accise sur l'électricité, qui a remplacé l'ancienne contribution au service public de l'électricité, et la taxe sur la valeur ajoutée. Un ajustement de l'accise se voit immédiatement sur la facture, sans que la méthode de calcul du tarif réglementé ait bougé d'un pouce. Une partie des mouvements annoncés dans l'actualité tarifaire relève en réalité de ce levier fiscal, et non du coût de l'énergie.
Deux rendez vous par an, février et août
Le barème du tarif réglementé d'électricité est révisé au 1er février et au 1er août. Le mouvement de février intègre la réévaluation complète de l'approvisionnement, des garanties de capacité et des coûts commerciaux : c'est celui qui fait les titres. Celui d'août est plus technique, puisqu'il répercute surtout la mise à jour du tarif d'utilisation des réseaux. Entre ces deux dates, le prix du kWh et celui de l'abonnement ne bougent pas, jour après jour, quelles que soient les secousses du marché de gros. Cette stabilité par paliers est l'un des arguments les plus concrets en faveur du tarif réglementé. Les modalités de publication sont elles aussi encadrées : les nouveaux barèmes et leurs conditions d'application paraissent au Journal officiel de la République française, et l'information est reprise dans l'espace client de chaque fournisseur avant la date d'effet.
Qui peut bénéficier du tarif réglementé d'électricité
L'éligibilité repose sur deux critères cumulatifs, vérifiables en quelques secondes sur une facture. Le premier tient à la nature du consommateur : le tarif réglementé est ouvert à tout site résidentiel, ainsi qu'aux très petites structures, c'est à dire les entreprises, associations, copropriétés et collectivités employant moins de dix personnes et dont le chiffre d'affaires ou le budget reste modeste. Le second critère est technique : la puissance souscrite doit être inférieure ou égale à 36 kVA.
Au delà de ce seuil, le site relève du tarif jaune ou vert, supprimés depuis plusieurs années, et son détenteur doit obligatoirement souscrire une offre de marché. Les moyennes et grandes entreprises, les gros commerces et les bâtiments tertiaires sont donc hors du champ du tarif bleu. Cette restriction résulte d'un alignement progressif du droit français sur la réglementation européenne de la concurrence, qui admet un prix administré pour les seuls petits consommateurs. La directive européenne sur le marché intérieur de l'électricité impose en effet que les modalités de protection tarifaire restent proportionnées et ciblées sur les clients domestiques et les microentreprises.
La comparaison avec le gaz naturel éclaire cette logique. Le tarif réglementé du gaz a été définitivement supprimé au milieu de l'année 2023, remplacé par un prix repère publié chaque mois à titre indicatif. Rien d'équivalent n'est programmé pour l'électricité, dont le tarif réglementé a au contraire été confirmé par le législateur. Un consommateur qui compare le prix du gaz et celui de l'électricité n'a donc pas affaire aux mêmes instruments de protection.
Pour vérifier votre situation, relevez la puissance souscrite en kVA indiquée sur votre contrat ou dans votre espace client, puis le nom exact de l'offre. La mention tarif bleu ou tarif réglementé de vente y figure explicitement. Lorsque l'indécision porte sur la puissance adaptée à vos besoins, notre page dédiée au choix de la puissance du compteur entre 3, 6 et 9 kVA détaille les seuils au delà desquels le disjoncteur se déclenche.
Option base, heures creuses ou Tempo : que choisir
Le tarif réglementé n'est pas un prix unique mais une grille. À puissance égale, trois options tarifaires coexistent, et le choix entre elles pèse souvent davantage sur la facture annuelle qu'un changement de fournisseur.
L'option base applique un prix du kWh identique à toute heure. L'option heures creuses distingue huit heures quotidiennes facturées moins cher, généralement la nuit, le reste de la journée étant facturé en heures pleines à un niveau supérieur à celui de l'option base. L'option Tempo, proposée par le fournisseur historique, répartit l'année en jours de trois couleurs : une large majorité de jours bleus très avantageux, quelques dizaines de jours blancs intermédiaires et une poignée de jours rouges au prix dissuasif, concentrés sur les pointes hivernales. L'année Tempo ne suit d'ailleurs pas le calendrier civil : elle court du 1er septembre au 31 août, et le décompte des jours de chaque couleur repart donc chaque année en septembre.
| Option tarifaire | Principe | Profil gagnant | Contrainte |
|---|---|---|---|
| Base | Un seul prix du kWh, abonnement le plus bas | Petite consommation, logement chauffé au gaz ou au bois | Aucune, mais aucun levier d'optimisation |
| Heures creuses | Huit heures moins chères par jour, le reste en heures pleines | Chauffe eau électrique, véhicule rechargé la nuit, forte consommation | Rentable seulement si une part nette de l'usage bascule en heures creuses |
| Tempo | Jours bleus, blancs et rouges, à prix très contrastés | Foyer capable de réduire fortement sa consommation les jours rouges | Surveillance quotidienne de la couleur du lendemain |
Le partage entre heures pleines et heures creuses fait d'ailleurs l'objet d'une réforme progressive, destinée à déplacer une partie des plages avantageuses vers l'après midi, quand la production solaire est abondante. Les horaires ne sont pas choisis par le client mais attribués par le gestionnaire de réseau selon la zone, et la consommation moyenne d'un foyer domestique ne bascule pas d'elle même vers ces plages. Le détail des plages et la méthode pour vérifier les vôtres figurent sur notre page consacrée aux horaires et tarifs des heures creuses et heures pleines.
Comment le tarif réglementé d'électricité a évolué depuis 2021
La séquence ouverte à l'automne 2021 reste la plus mouvementée depuis la création du tarif bleu. La flambée des prix de gros européens, amplifiée par la crise du gaz, aurait conduit mécaniquement à un doublement du tarif réglementé. Le gouvernement a mis en place un bouclier tarifaire qui a limité la hausse à quelques pour cent en 2022, puis à quinze pour cent en février 2023, en abaissant l'accise à son minimum européen et en imposant des mesures exceptionnelles au producteur.
La sortie du bouclier s'est faite par paliers, avec des hausses successives en août 2023 puis en février 2024, correspondant pour l'essentiel à la remontée de la fiscalité vers son niveau d'avant crise. La détente des marchés de gros a ensuite permis une baisse nette en février 2025, la première depuis plus d'une décennie, suivie d'ajustements de faible ampleur liés au tarif d'utilisation des réseaux. En septembre 2026, le tarif réglementé se situe ainsi nettement sous son pic de 2023, sans être revenu à son niveau d'avant crise. Cette évolution en dents de scie explique la défiance d'une partie des consommateurs domestiques envers les engagements longs.
Deux enseignements pratiques se dégagent de cette période. D'abord, un prix fixe souscrit au sommet d'une crise enferme le consommateur dans un niveau élevé pendant toute la durée du contrat, alors que le tarif réglementé suit la détente. Ensuite, les données publiées par la CRE constituent la seule source fiable pour anticiper l'évolution à venir : les délibérations paraissent plusieurs semaines avant l'entrée en vigueur du nouveau barème, ce qui laisse le temps d'arbitrer. Se fier à une moyenne de prévisions de presse conduit régulièrement à des décisions prises à contretemps.
Tarif réglementé ou offre de marché : comment arbitrer
Rester au tarif réglementé n'est ni un bon ni un mauvais choix en soi : c'est un choix de profil de risque. Trois familles d'offres se disputent le marché de détail, et chacune répond à un besoin différent.
- L'offre indexée sur le tarif réglementé applique une remise en pourcentage sur la part variable du tarif bleu. Elle suit donc tous les mouvements du tarif réglementé, à la hausse comme à la baisse, avec un écart garanti. C'est l'option la plus simple à comparer.
- L'offre à prix fixe bloque le prix du kWh sur un à quatre ans. Elle protège d'une nouvelle flambée mais interdit de profiter d'une baisse, et sa valeur dépend entièrement du moment de la souscription.
- L'offre indexée sur les marchés répercute les prix spot presque en temps réel. Réservée aux consommateurs capables de déplacer leur consommation heure par heure, elle est la plus volatile.
Pour comparer, ne vous arrêtez pas au seul prix du kWh : additionnez l'abonnement annuel correspondant à votre puissance souscrite et le coût de votre consommation réelle en kWh, option tarifaire comprise. Le comparateur du médiateur national de l'énergie, service public et gratuit, applique cette méthode sur toutes les offres du marché résidentiel. Il reste la référence en matière d'information du consommateur, face aux classements commerciaux dont le modèle économique repose sur la commission versée par le fournisseur. Avant de signer, vérifiez aussi le contenu exact des conditions générales : durée d'engagement, modalités de révision du prix, montant de l'abonnement selon la puissance et pénalités éventuelles. Les économies annoncées portent presque toujours sur la seule part variable, calculée sur une consommation moyenne qui n'est pas forcément la vôtre.
Le critère environnemental s'ajoute à l'arbitrage financier. Le tarif bleu reflète le mix de production du fournisseur historique, majoritairement décarboné mais sans garantie d'origine attachée. Les offres vertes, elles, achètent ces garanties, avec des degrés d'exigence très variables : notre analyse de l'électricité verte et de la valeur réelle des garanties d'origine distingue les offres adossées à une production française des simples certificats rachetés à l'étranger. Le catalogue complet des acteurs figure dans notre comparatif des fournisseurs d'électricité en France.
Souscrire au tarif réglementé ou y revenir
Aucune démarche n'est nécessaire pour quitter un fournisseur alternatif : la souscription du nouveau contrat déclenche automatiquement la résiliation de l'ancien. Il n'existe ni frais de sortie, ni préavis, ni coupure de courant, y compris en cours d'année et même si vous aviez quitté le tarif réglementé quelques mois plus tôt. Le compteur n'est pas remplacé, seul le titulaire du contrat de fourniture change dans les systèmes du gestionnaire de réseau.
Munissez vous du numéro de point de livraison à quatorze chiffres, qui identifie votre site de consommation et figure sur votre facture actuelle, ainsi que d'un relevé d'index ou de la dernière facture. La bascule prend en général un à deux jours ouvrés, et le suivi se consulte ensuite dans l'espace client du fournisseur. Le passage d'une option tarifaire à une autre, de la base vers les heures creuses par exemple, se demande dans le même mouvement, parfois moyennant une intervention facturée sur le compteur. Un conseiller peut également préciser les modalités applicables à un professionnel, dont le contrat d'électricité obéit à des règles de facturation légèrement différentes de celles d'un abonné domestique.
Deux cas particuliers méritent attention. Lors d'un emménagement, la mise en service doit être demandée avant la date d'entrée dans le logement, faute de quoi l'électricité reste coupée. Et sur les zones desservies par une entreprise locale de distribution, le tarif réglementé se souscrit auprès de cet opérateur, pas auprès du fournisseur historique national. Les conditions détaillées des offres du fournisseur historique sont présentées sur notre page consacrée à EDF, fournisseur historique et au tarif bleu, et l'ensemble de nos guides pour comparer les fournisseurs est accessible depuis la page d'accueil du comparateur.
Questions fréquentes sur le tarif réglementé
Le tarif réglementé d'électricité va t il disparaître ?
Aucune suppression n'est programmée. Le législateur l'a explicitement maintenu pour les sites résidentiels et les très petites structures, contrairement au tarif réglementé du gaz, supprimé en 2023. Les débats portent sur sa méthode de calcul après la fin du dispositif d'accès régulé au nucléaire historique, pas sur son existence.
Peut on revenir au tarif réglementé après l'avoir quitté ?
Oui, autant de fois que souhaité et sans délai de carence, dès lors que le site reste éligible, c'est à dire avec une puissance souscrite inférieure ou égale à 36 kVA. La démarche est gratuite et n'entraîne aucune interruption de fourniture.
Le tarif réglementé est il le moins cher du marché ?
Rarement. Plusieurs offres de marché indexées affichent une remise sur la part variable du tarif bleu, ce qui les rend structurellement moins chères à consommation identique. Le tarif réglementé apporte en revanche une protection contre les décisions unilatérales d'un fournisseur et une visibilité sur le calendrier des révisions.
Quand le prix du tarif réglementé change t il ?
Au 1er février et au 1er août de chaque année. Entre ces deux dates, le prix de l'abonnement et celui du kWh restent inchangés, sauf modification de la fiscalité décidée par ailleurs.
Une entreprise peut elle souscrire au tarif bleu ?
Seulement si elle emploie moins de dix personnes, reste sous les seuils financiers fixés par le code de l'énergie et souscrit une puissance inférieure ou égale à 36 kVA. Au delà, elle doit signer une offre de marché.















